Obession dévorante

Alors que mon regard trouvait ses pupilles marbrées, elles me suppliaient d’élucider leurs plus grands secrets, ceux cachés dans les filaments du bois. Je les entendais me chuchoter des paroles qui auraient provoqué une frayeur aux âmes chétives. Néanmoins, moi, j’y trouvais un supplice émotionnel, muant la douleur en un plaisir malsain ; cela, je le savais bien. 

Je ne cherchais généralement pas ce type d’homme. Ceux qui ont naturellement cette capacité à effrayer les passants, dû à leur stature ou à la capacité animalesque de leur corps à se fournir en fourrure. Pourtant, dit-on, avec l’écoulement du temps nos papilles gustatives se métamorphosent, et les miennes semblaient être attirées par le mal. Je le nommais ainsi, non dans le sens où la coutume nous a toujours ensevelis, mais dans celui qui transperce un corps et le domine dans son ensemble. 

Les religieux me diront possédée, alors soit, je le serais avec contentement. Je n’oserais nommer les sensations qui puisent dans mon âme, tant son enchantement me déboussole vers des routes de mon enveloppe corporelle dont jamais je n’aurais soupçonné l’existence. Je n’en dirai pas plus ; je ne peux accepter qu’il puisse attirer autre regard que le mien. Ma syntaxe ne fera qu’amplifier vos curiosités âpres, et si vous vous retrouviez sur sa route, je vous souhaite que l’eau bénite fasse effet, tant sa beauté est comparée à celle de Satan. 

Irrésistible. 

Pourtant je ne peux l’atteindre. Je vous en prie, ne pensez pas que sa place se trouve en enfer et que cela est la cause de ma peine… C’est que ma hantise n’est pas réciproque. Une souffrance dont je ne peux m’extrader, ou dirais-je que je ne le souhaite pas. La joie est un sentiment dont nous avons tous fouillé nos coquilles afin de dénicher son habitation, mais l’amour est celui pour lequel nous avons conquis des pays afin de l’entrevoir. 

Je ne pourrais cesser cette appétence. 

Vous me demanderez, « Qu’as-tu donc commis pour que son cœur t’en refuse l’entrée avec tant de véhémence ? » Je n’ai rien fait. Seule ma naissance fut ma malédiction. Elle ne m’offrit point la beauté de Perséphone, mais ce que l’on nomme la laideur de Méduse. Il ne saurait aimer que celle que les dieux ont choisi d’élire, et il semble que mon cœur n’ait aucun poids dans cette décision. J’ai longtemps espéré, dévorée par l’illusion qu’il se délecte de mon être, mais jamais je n’eus l’occasion de l’en laisser goûter. 

Je ne devrais pas avoir ces pensées voluptueuses, charnelles et certainement défendues. Mais je ne peux échapper à cette vie qui me mène à la baguette ; tel un âne à la poursuite de sa nourriture, j’accours. J’ai tant tenté d’effacer sa présence de mon esprit, de m’éloigner, de faire tout ce qui couperait court à ce lien étranger qui me retient à cet être qui ignore ma soif. À chaque coup d’œil, qui par chance et pour mon plus grand malheur se produisait, mes yeux ne pouvaient s’empêcher d’arpenter de haut en bas le corps dont il avait été béni. Ne me maudissez pas, comment pourrais-je ignorer cela alors que j’ai reçu la vue ? 

J’en devins démente. 

Durant un temps, j’ai pensé à me percer les orbites, cela ne serait que purification. Ces rondeurs d’une blancheur virginale n’auraient dû être noircies par les nuages sombres de mes pulsions. Tout ce cauchemar débuta le jour où mes iris s’agrandirent à sa vue. Il vint se confesser auprès de notre père, et, à sa demande, j’emmenai l’homme à la chambre de confession. Mes yeux n’avaient jamais été bénis par nul autre que notre grand Seigneur, et pourtant, j’eus le sentiment que sa coruscation m’éclairait réellement sur le monde qui m’entourait. Chaque fibre de mon corps le reconnut, chaque respiration qui naissait se tranchait d’elle-même pour ne point souiller la sienne. J’aurais tant voulu, ce jour-là, ouïr ses péchés ; cela aurait épuré les miens. 

Ce ne pouvait être que sa faute, je n’avais point choisi ce destin ! Ou était-ce un mal caché qui n’attendait que la lumière pour ressurgir de son ombre…