Mission de l’ange-entrée de livre

 

 

 

 

 

 

L’humain, l’hétéroclite du mal et du bien 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chapitre I 

 

L’humanité. 

Ce mot semble s’étendre à toute ouïe capable, une onde gagnant du terrain sur les eaux de la beauté lyrique. Il sonne majestueux, presque sacré. Pourtant, quand je plonge mon regard dans ses tréfonds, je n’y trouve aucune garantie de lumière. Une obscurité épaisse, huileuse, l’enveloppe. En vérité, l’homme semble être tissé dans la trame même du péché. 

Néanmoins, je n’ai jamais renoncé à ce mot, bien qu’il soit lourd d’une souffrance qui ferait plier les cieux. Je ne pouvais pas regarder ce navire de chair couler dans sa propre décadence. 

J’ai toujours nourri cette conviction : tout peut être transmuté. D’un pétale qui pourrit, la terre tire le lait des futures pousses. D’une pluie de larmes, une terre assoiffée se réveille. Et d’un être humain ? Il en naît une version étrange. Meilleure, car enfin immobile. Apaisée. Morte. 

Regardez-le, ce roi du monde couronné de laideur, si laborieux à abattre. Sur le ring de l’existence, il n’a qu’un seul adversaire à sa mesure : la Mort. Elle est son ennemie jurée, mais aussi son unique confidente, celle qui, d’un baiser froid, lui rend son beau teint et lui offre le repos que la vie lui refusait. 

C’est une ironie dont les anges pourraient rire : pourquoi l’homme semble-t-il plus éclatant que jamais à l’instant précis où il perd son ultime combat ? Était-il secrètement amoureux de sa propre défaite ? Attendait-il, le souffle court, de goûter enfin à la saveur de la perte face à la seule force plus vaste que son ego ? 

On me dira pessimiste. On dira que je me contredis. Mais je persiste, le changement n’est pas une illusion. Cette laideur n’aurait jamais dû attendre le froid du tombeau pour atteindre sa véritable splendeur ; elle aurait dû renaître dans le feu de la vie. 

Je fus l’artisan de ce brasier. Celui qui a osé briser l’équilibre entre l’humanité et les cieux. 

Mais toucher aux rouages de l’univers a un prix. Comme chaque geste humain, mon acte a engendré des conséquences qui m’ont frappé de plein fouet, avec la violence d’une foudre sacrée. Ma cicatrice est là pour le crier. Elle est le sceau de ma trahison, ou de mon amour, je ne sais plus. 

Cela fait quatre ans que je porte cette marque gravée dans ma chair spirituelle. Aujourd’hui, le silence est devenu trop lourd. J’ai consigné le tumulte dans ce journal. 

Ne vous y trompez pas, ce n’est pas un conte de fées aux couleurs de bonbon. J’aurais aimé vous offrir une valse, je ne peux vous offrir qu’une tragédie grecque. Préparez-vous aux actes héroïques, aux fureurs de l’âme et aux destins célestes qui se brisent sur le récif du réel. 

Ouvrez ces pages. Mais soyez prêts, l’horreur que j’y ai enfermée ne demande qu’à s’abattre sur vous. 

Je m’appelle Zéro. Et mon histoire a commencé par une déchirure.